Pilar ALBAJAR Antonio ALTARRIBA - Tyrannies

Ce couple d'artistes vit et travaille en Espagne. Depuis de nombreuses années nos chemins se croisent (Arles, Toulon, Sarragosse, Vitoria, Clermont-Fd) et chaque fois, subjugués par leur travaux teintés d'humour, de poésie - bien qu'alimenté par un regard aigu sur notre société - par la qualité technique de leur réalisation, nous  nous promettions de les inviter à la galerie pour y présenter leurs travaux. C'est chose faite maintenant et nous vous invitons, dès aujourd'hui, à les découvrir avec leur dernière série intitulée "Tyrannies".



 
Technique
Impression numérique pigmentaire couleur contrecollé sur Dibond
Texte
CV-Resume
www.altarribalbajar.com
Autres séries
"Delicatessen"
65x108 cm

Mots-clé associés
couleur, baroque, bestiaire, corps, dérision, fantastique, fiction, imaginaire, mise.en.scène, pamphlet, photo-montage, surréalisme






 

La tyrannie est le plus grave fléau de l’Humanité. Plus grave que la peste, la faim ou les catastrophes naturelles… Parce qu’elle provient de nous et que c’est sur nous-mêmes que nous l’exerçons, preuve insupportable mais indéniable que l’homme est un loup pour l’homme.



TYRANNIES
 

La tyrannie est le plus grave fléau de l’Humanité. Plus grave que la peste, la faim ou les catastrophes naturelles… Parce qu’elle provient de nous et que c’est sur nous-mêmes que nous l’exerçons, preuve insupportable mais indéniable que l’homme est un loup pour l’homme. Et nous le faisons avec une étonnante – et peut-être complaisante - application. La soif du pouvoir provoque des milliers, et parfois des millions de morts chaque année. Et pas seulement des morts. L’humiliation, l’indignité, la corruption font également partie de son injuste lot.

La tyrannie adopte souvent le plus cruel des visages. Mais, subtile, elle peut aussi présenter un aspect affable, voire séducteur. En fait, l’avatar postmoderne de la tyrannie joue plutôt de persuasion et revêt la tenue, impeccable mais dévastatrice, de la courtoisie. Mais peu importent ses manières. Terrifiante ou cordiale, elle est toujours bestiale. Parce qu’elle recouvre les pires pulsions de l’animalité. Au fond, elle n’est que la manifestation, à peine civilisée, de la lutte pour la territorialité, la hiérarchie dans le clan, l’exclusivité sexuelle...

C’est la raison pour laquelle nous la représentons ici au moyen de personnages à tête d’animaux. À peine domestiqués, les maîtres du monde sont toujours là, plus impitoyables et plus ambitieux que jamais. Les instances autoritaires, les organisations dogmatiques, les corporations expansionnistes non seulement se maintiennent au pouvoir en toute impunité mais sont de plus en plus fortes et, tour de force admirable, de moins en moins critiquées. Grâce aux subtilités des pouvoirs médiatiques, la domination se fait supportable et l’aliénation inconsciente. Vieilles ou remontant à l’Antiquité, impudiques ou camouflées, les tyrannies maintiennent leur emprise. Si la lutte ne continue pas, ce n’est pas parce que le conflit est résolu. C’est parce que les tyrannies ont triomphé.

La photographie dénonce quotidiennement, dans les quotidiens, les injustices. Notre série se situe dans le même combat mais sur un autre front. Condensés, déguisés ou fabulés, à peine métaphorisés, les tyrans apparaissent ici démasqués, fonction essentielle d’une photographie qui est davantage en quête de révélation que de monstration. La série que nous vous présentons ici n’est donc pas un ensemble de photomontages, représentation fantastique ou fantasque du pouvoir. C’est la réalité pure et rude, le véritable visage de la tyrannie.

Pilar Albajar et Antonio Altarriba - 2011
 

Remerciements à Laurence Petit pour sa revisitation du texte français et sa traduction en anglais.

 

© Galerie Vrais Rêves 2019