Bénédicte REVERCHON - MONOnoAWARE

Après sa participation à l’exposition collective “Découvrir-Confirmer” dédiée à la découverte de jeunes artistes vivant et travaillant dans la région Rhône-Alpes Bénédicte REVERCHON avait réalisé et présenté en exposition monographique, “Les lumières de la ville” où elle avait associé pour la première fois un travail de photographie et de dessin. Le succès de cette production a été confirmé lors des présentations à Arles, Clermont-Ferrand et plus récemment à Quimper. Elle est depuis représentée par la galerie Vrais Rêves.



 

Mots-clé associés
paysage, poésie, abstrait, archéologie, fiction, graphisme, illusion, installation, matière, objet, photo-montage, sculpture, série, texture, voyage, dessin, empreinte, onirique, chaos






 

Il y a trois ans Bénédicte REVERCHON a tenté sa chance et a postulé pour une résidence de plusieurs mois dans l'Antartique aux îles KERGUELEN. Elle avait proposé d'aller y photographier l'invisible, l'éphémère, le fragile etc...
Hélas elle n'a pas été acceptée et était déçue, on peut comprendre. Passé une semaine de déception aigüe elle a réagit et décidé de réaliser le travail prévu, ici, chez elle, dans son environnement personnel. C'était sa réaction, son caractère qui s'exprimait.. Une recherche sur les îles, leurs formes, leurs caractéristiques principales et la voilà en chantier, en préparation de sa future exposition. Nous sommes heureux aujourd'ui de présenter le résultat de ce NON-VOYAGE et de sa création.
 R.Viallon le 31/10/2021

Le Dossier de Presse est ICI
 



 MONOnoAWARE,
Photosensible à l’éphémère
La fragilité, l’impermanence et Les Kerguelen comme île déclencheuse...
« Mais ce n’est pas parce que c’est déshabité qu’il n’y a pas d’âme » (TaoNoWan)


Intimité
Aussi insaisissable que MONOnoAWARE peut apparaître à première vue il s’agit avant tout, pour la plupart des séries, de « photographies », cette forme tentant de ponctuer un présent infinitésimal, qui se voudrait irrémédiablement en preuve, entre un moment avant et un moment après, dont une autre des fonctions classiques voudrait un rendu inaltérable par tous les moyens chimiques, physiques ou humains existant en la matière : tentons même de mettre une photographie dans une pièce murée loin de toute lumière, et forcément sous vide pour éviter toute déformation de « maître » mètre étalon. A la différence qu’il faudrait aussi regarder cette photographie dans le noir pour éviter qu’un photon de bulbe n’arrache ici un électron d’encre et ensuite...ensuite...

Qui saurait le désastre qui s’ensuivrait ? 
Ce n’est pas vraiment de cette photographie qu’il s’agit ici, mais à la suite des expositions précédentes, notamment « Images Improbables et Orographies » d’une écriture sur la photographie elle-même, aussi bien l’épreuve que le négatif retournant souvent eux-mêmes à d’autres informes matriciels, jusqu’à ce que la dernière molécule d’encre déposée...
Non il n’est pas possible de finir la phrase car cette photographie ne s’arrête pas là. Ce n’est
pas cela ici - ici qui n’est plus, ici qui n’est pas non plus ici-là, mais continuant une lente transmutation...

Écriture
en orographie, cette fois-ci plus maritime s’il fallait la comparer ò une autre terrestre, mais qui de même utilise toute les techniques propres à la photographie, seulement pas vraiment dans le même ordre ou le même sens, dont le sujet et l’objet se confondent souvent, techniques utilisées principalement pour être détournées. Par exemple il ne s’agit pas de fixer l’œuvre au moyen d’un fixatif mais de laisser libre cours à l’altérable qui peut se produire au cours du temps. Les éléments, les encres, laissés à eux-mêmes, conférant ce «.photosensible à l’éphémère », complément et compliment mystérieux au MonoNoAware.

Cette orographie est une forme d’écriture et de manipulation des éléments se greffant sur l’ori
gine, parfois impossible à discerner de la photo elle-même, manipulant, érodant, la récrivant
pour devenir cet indécis à la frontière du reconnaissable et de l’inconnu où tous deux livrent leur grand combat... L’inconnu aux mille variations s’esquivant plutôt...

Il peut arriver que les œuvres débordent quasiment le domaine photographique, se faisant plus plastiques, faisant intervenir une troisième dimension physique. Comme ces peaux de tambour renversées se faisant réceptacle à des mondes nouveaux, terra incognita, enfin presque, océan pigmentaire où un continent peut être reconnaissable ou reconnu... Continent ou île, affaire d’échelle ou de sentiment...

Sachant que ces trois dimensions peuvent être à nouveau reprises par la photographie oro-graphique elle-même, photographie en prise à d’autres orographies, donnant naissance à de nouvelles formes où peuvent se superposer des calques de soie buvant à leur tour le trop plein d’encre qu’il peut y avoir par endroit...

Chaque série intervenant à sa manière, différenciant les supports, les formes, les matériaux, ne s’appesantissant jamais, diluant plus que n’insistant, aux points de repères en sentiments changeants, pour aboutir à un tout fragile, presque disparaissant, parfois, dans le bleu entre vu du ciel et vu de terre.

En quelque sorte un jeu sur l’art de photographier un paysage en lui donnant possibilité de transformation après-coup...

Tao No Wan

* Le Mono no Aware ou le pathos des choses. La tristesse, le caractère tragique d’un événement reflète une certaine beauté... (Déf Kichigaï).
Pensée développée au 18ème siècle par Motoori Norinaga. 

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