Willy DEL ZOPPO - BURNING INSTANTS

Willy Del Zoppo vit et travaille à Liège (B).
Passionné par la photographie il collabore entre autres avec des photographes de la région Nord-Pas de Calais et particulièrement avec le groupe Hélio de Tourcoing où nous avons eu la chance de le rencontrer et d’apprécier l’homme et son travail. Nous avons souhaité favoriser la rencontre de cet artiste avec le public lyonnais. Cette première exposition à la galerie le permettra....



 
BURNING INSTANTS
35x47 cm encadré en 60x70 cm

Mots-clé associés
noir.et.blanc, disparition, fantastique, mise.en.scène, temps, onirique, chaos






 

Le temps file, nos vies se consument. Que reste-t-il de nos espoirs et de nos élans ? Des petits tas de cendres cachés dans les recoins de notre mémoire. Les années s’écoulent sans revenir. Et nos embrasements éclairent toujours plus profondément  le puits borgne du néant qui nous attend. Burning Instants est une approche photographique de moments où des objets aux formes définies deviennent la proie d’une danse flamboyante qui les soustrait à leur forme première pour les rendre aux forces de vie et de mort gouvernant l’univers. Mais ce processus entropique ne débouche pas sur des regrets ou des déceptions. Car malgré la certitude qu’un inéluctable nous attend, toujours, de nos cendres, ainsi qu’un Phénix, nous renaissons. Et dans cette dialectique entre le fixe et le mouvant, entre le feu et les choses, se manifeste la fragilité de notre éphémère existence, mais également  sa richesse et sa beauté.



Burning Instants peut se traduire de deux manières différentes : «les instants qui brûlent» ou «en brûlant les instants». Toute la problématique sous-tendant cette série se trouve ainsi résumée dans ces deux versions.
Tout d’abord,  Burning  Instants  se  veut une expérimentation photographique où des objets  sont  livrés au  feu et sont capturés au moment où l’embrasement semble photographiquement le plus intéressant. On voit donc ici réapparaître cette notion d’instant décisif si chère à Cartier-Bresson, car  le  feu n’attend pas et  le photographe doit être à l’affût, les combustions étant particulièrement rapides et capricieuses. Les prises de vues sont réalisées en argentique, avec un boîtier 6X7 non motorisé. Cela signife donc qu’il faut être sur le qui-vive et déclencher au bon moment. Parfois, malgré toutes les prévisions et les précautions,  le processus est tellement soudain que la prise de vue, entre la mise à feu et le déclenchement, est impossible, et il ne reste plus qu’à contempler l’objet soudainement dévoré par les fammes qui lui ôtent toute forme et le rendent méconnaissable. A deux reprises au moins, ces tentatives avortées ont failli mal tourner. Mais à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire…
La procédure de travail est extrêmement balisée et obéit à des règles de sécurité strictes : Burning Instants est réalisé dans des  sites abandonnés aux matériaux diffcilement  infammables. Au départ,  je  travaillais  avec  une assistante que j’ai révoquée, car le fait de lui demander des actions particulières m’empêchait d’entrer en méditation, ce qui est essentiel dans tous mes travaux photographiques. J’ai donc dû développer une  technique de mise à feu à distance, car il est impensable de bouter le feu à deux ou trois mètres et d’imaginer revenir à l’appareil pour déclencher.
Burning instants ne s’arrête pas à l’aspect matériel d’une expérience photographique. En effet, un soubassement philosophique détermine cette série et lui donne, peut-être une signification plus profonde qui puise ses vérités et ses contradictions dans mon propre être. Quiconque réféchit sur le sens de l’existence se trouve confronté à la  fuite du  temps.  Plus  l’âge avance et plus ce défilement semble s’accélérer. En vieillissant, le sentiment de
ne  jamais pouvoir mener à bien  tous  ses projets  se  fait plus prégnant. Ainsi, les secondes, les minutes, les heures semblent se consumer à une vitesse  folle et ce bûcher où notre propre être semble s’évaporer lentement, mais sûrement,  nous  contraint  à  réitérer  en  continu  notre propre mort à dose homéopathique.

Ne  sommes-nous pas le siège de paradoxes étonnants, puisque nous naissons pour mourir, que nos cellules se développent pour se détruire et que  le  temps qui avance nous construit en nous promettant une  inévitable et  radicale dégradation? Burning Instants vient donc souligner par méta-phore ce feu vital qui, à la fois, entretient notre existence en renouvelant toutes les particules de notre organisme et  du  vivant  qui  nous  entoure, mais  en même  temps, sape minutieusement nos  forces vitales et fnit par nous réduire en cendres.
Toutefois, Burning Instants ne se contente pas de mettre en  évidence  l’aspect  délétère  de  notre  passage  ici-bas.  Il en propose également une  vision optimiste, car même  si  notre  survie  est  limitée  sur  cette  terre,  il  n’est pas vain de croire qu’à chaque  instant, nous  survivons à nous-mêmes, et que  tout au  long de notre  vie,  sans cesse, nous devons mourir à nous-mêmes, nous anéantir  dans  notre  propre  autodafé,  pour  renaître  pareils  à nous-mêmes,  sans doute, mais pourtant différents. Ainsi se  trouvent convoqués, dans Burning  Instants,  le mythe du Phénix, dont on sait qu’il ressurgit de ses cendres, mais également la volonté de puissance si chère à Nietzsche.
On  trouvera dans Burning  Instants  toutes sortes d’objets livrés au pouvoir dévorateur des fammes : des photos de famille, des meubles, des bateaux, des vêtements, des draps de  lit,… Ces éléments  récoltés sur des brocantes, des magasins de seconde main ou sur les collectes d’encombrants sont autant de souvenirs ramenant à des éléments intimes de l’existence qui, tôt ou tard, sont refoulés hors du giron familial et deviennent inutiles, voire bons à brûler.
Apparaît, par ce travail de récolte des objets destinés au feu une autre dimension de Burning Instants, qui est celle de la nostalgie, de la perte et de la disparition, puisque les artefacts collectés, désormais coupés de  leurs propriétaires légitimes, sont privés de sens et deviennent insensés. Ce  travail  sur  la mémoire et  la déshérence  rejoint par bien des aspects  toute une  réfexion menée dans  l’ensemble de mes  travaux  rassemblés  sous  le  titre Humazooïques. Plusieurs séries, dont, notamment, « Les Archives Solipsistes », mettent  l’accent sur la fuite du temps et son effet d’aliénation sur les êtres et les objets. Mais apparaît également toujours en fligrane la volonté, par l’art, de rendre vie à la mort par la force rédemptrice de la création artistique, ce qui, cette fois-ci, participe du mythe de Faust.
Willy Del Zoppo - Avril 2013

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