Thomas KELLNER - Contacts 1997-2013

«Est-il possible d’imaginer un bâtiment en état d’ébriété? La danse d’un monument au son d’un conte de fées? Un bâtiment ayant le vertige? Ce sont quelques-unes des questions que l’on se pose lorsque Thomas Kellner travaille, lorsqu’il montre d’une manière nouvelle et originale certains des bâtiments les plus photographiés dans les métropoles du monde. C’est comme si Kellner donnait à ces bâtiments une renaissance personnalisé au-delà des stéréotypes, des images touristiques qui se ressemblent toutes. Le résultat est unique. «(Bangsund-Pedersen, Ditte M.)
 

L’exposition à la Galerie Vrais Rêves donne un aperçu des projets les plus importants de ces 15 dernières années. Ce sont des Monuments (1997 - en cours), Tango Metropolis (2004 - en cours), Danse Murs (2005 - 2007), Brasilia (2004 - 2009) et le monde de l’entreprise, Genius Loci (2012 - 2014).
La série « Monuments » traite de célèbres bâtiments européens, comme Big Ben, Tower Bridge ou la Tour Eiffel. Thomas Kellner y apporte son regard personnel et nous permet de redécouvrir ces monuments architecturaux que nous pensions bien connaître. Dans cette série son regard se porte  sur les formes extérieures alors que dans la série « Dancing Walls » il se concentre sur les intérieurs de ces constructions et découvre comment traiter l’intérieur des bâtiments cubiques. Dans  « Tango Metropolis » le champ photographié s’élargit, les photos sont de plus en plus grandes, la résolution est plus élevée et il y a plus de composants et de détails qu’auparavant. Pendant six ans Thomas Kellner a photographié la ville de Brasilia.
Ce projet « Brasília – 50 ans d’utopie moderne » était, pour lui, un hommage à l’architecture moderniste de Oscar Niemeyer et une proposition d’exposition pour le 50e anniversaire de la ville. Les photographies montrent non seulement de façon emblématique la ville la plus importante sur le plan architectural, mais se réfèrent également aux autres visions de l’architecte. Le projet “Genius Loci” - deux allemands de Siegen dans le pays des tsars - traitéd’une manière artistique et photographique avec deux zones industrielles importantes en Allemagne et en Russie, deux zones liés l’une à l’autre à travers l’histoire commune de la culture industrielle.
 

 



 
Technique
Planche contact de photographies argentiques
Texte
CV-Resume
www.thomaskellner.com
Autres séries
Contacts 1997-2013
Diverses car chaque vue mesure 24x36 mm.

Mots-clé associés
paysage, argentique, architecture, fantastique, graphisme, humour, imaginaire, représentation, voyage, onirique, paysage.urbain, chaos






 

UN ART D'IMAGINATION


    Les images de monuments de Thomas Kellner sont le fruit d'une construction et témoignent d'une virtuose maîtrise du regard car, à la différence de ce qu'ont fait naguère David Hockney ou Stefan de Jaeger, ce n'est pas par sélection et association de clichés choisis parmi un plus grand nombre préalablement obtenus, et par leur combinaison que s'obtient l'image, mais par prises de vues successives dont chacune s'ajuste aux précédentes pour rendre visible une image virtuelle conçue par le photographe. Chaque œuvre est donc cosa mentale tout autant que création photographique. Et par là une œuvre sans déchet, car la planche contact qui la constitue n'est plus un lieu de choix, et donc d'abandon, d'images particulières, mais le lieu d'émergence d'une image qui rassemble tout ce qui a été photographié. L'aléatoire dont la photographie est ordinairement dépendante est ainsi éliminé ; dans ces images tout est de nécessité.



Texte de Jean ARROUYE* -Août 2014
UN ART D'IMAGINATION

    Les images de monuments de Thomas Kellner sont le fruit d'une construction et témoignent d'une virtuose maîtrise du regard car, à la différence de ce qu'ont fait naguère David Hockney ou Stefan de Jaeger, ce n'est pas par sélection et association de clichés choisis parmi un plus grand nombre préalablement obtenus, et par leur combinaison que s'obtient l'image, mais par prises de vues successives dont chacune s'ajuste aux précédentes pour rendre visible une image virtuelle conçue par le photographe. Chaque œuvre est donc cosa mentale tout autant que création photographique. Et par là une œuvre sans déchet, car la planche contact qui la constitue n'est plus un lieu de choix, et donc d'abandon, d'images particulières, mais le lieu d'émergence d'une image qui rassemble tout ce qui a été photographié. L'aléatoire dont la photographie est ordinairement dépendante est ainsi éliminé ; dans ces images tout est de nécessité.

Mais elles montrent les monuments photographiés comme pris de vertige, et semblent récuser les caractères qu'on leur reconnaît d'ordinaire et mettre en doute leur capacité d'assurer leurs fonctions. Leur monumentalité même est mise en cause : l'hôtel de ville de Paris semble avoir besoin de multiplier ses ouvertures et ses tours pour affirmer sa dignité, l'arc de triomphe du Trocadéro se hausse dérisoirement du col, Notre-Dame de Paris ondule comme animée d'une allégresse sacrée mais ses tours de fendent sous l'effet de cette agitation, à Londres le royal palais de Buckingham semble un château de cartes s'écroulant, les colossaux portiques de Stonehenge vascillent, le tablier du pont du 25 avril à Lisbonne se scinde en portées triangulaires dont la succession ne parviendra pas plus à joindre la rive opposée que la flèche de Zénon sa cible. Par là les œuvres de Thomas Kellner sont des exercices de déconstruction. Défaisant l'apparence des monuments et révoquant leur raison d'être, elles instituent un fantastique photographique  qui, si l'on retient la définition de ce genre par Roger Caillois, qui juge que le fantastique ne présuppose l'existence d'un monde conforme au savoir que la science en a procuré que pour mieux le ravager, l'est doublement : elles confèrent aux monuments une apparence impossible et font servir la photographie non à reproduire ce que l'on voit dans le monde mais à inventer des images irréelles.

         Cette aventure imaginaire est évidemment aussi une aventure esthétique. Non pas seulement par ses effets (force d'images comme celles de la Hearst Tower de New York, grâce de compositions comme la grande roue de Londres, etc), mais dans son principe même : les métamorphoses iconiques des monuments auxquelles procède Thomas Kellner s'opposent radicalement tout à la fois au paresseux mimétisme  documentaire des éditeurs de cartes postales qui se font une spécialité de la photographie de monuments et à la rigoureuse recherche d'objectivité que revendiquent Bernd et Hilla Becher et leurs émules, méticuleux photographes de bâtiments industriels ou commerciaux. Les compositions de Thomas Kellner ne sont pas seulement les produits de la fantaisie ludique de leur auteur ; chacune est aussi un art poétique d'une conception de la photographie qui ne se veut pas pratique mémorielle mais art d'imagination.

 

(*) Jean Arrouye a été, de nombreuses années, professeur de sémiologie de l’image à l’Université d’Aix en Provence, à l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles et également critique d’art.

 

© Galerie Vrais Rêves 2017