Bruno PILIA - de Vierzon à Kaboul "Allez les vers"

DE KABOUL A VIERZON
« allez les vers »




Chaque photo de cette série, commencée il y a dix ans, est née d’une démarche purement intellectuelle ; quelques mots, trois coups de crayon, griffonnés sur un agenda périmé.
Démarche intellectuelle, j’entends par là la synthèse des coups de gueule avinés au sortir des revues de presse de comptoir, ou des délires velléitaires d’une bande de réalistes abstraits rendant virtuellement justice autour d’un plat de spaghettis enfumés.
C’est de ce bon terreau que germera l’idée, engraissée au fumier d’une actualité visuelle endémique qui infecte nos foyers à la vitesse de l’éclair, à travers les champs de paraboles. 24 heures sur 24 ça grouille dans le câble, plus vite, plus souvent, plus près, trop tard. On a formaté nos esprits pour encaisser avec la même émotion, les images d’une famine en Afrique et celles d’un rallye raid traversant ce continent avec ses caravanes de dollars. On mange pendant des heures les images d’une marée de larves tricolores remontant les Champs, fédérés par la victoire de leurs champions ; ailleurs, un gamin saute sur un mine dans les champs en courrant après son ballon…
Poussée par le profit, le marché, le pouvoir, la désinformation télévisuelle a totalement uniformisé nos envies à des fins mercantiles et surtout nos émotions à des fins politiques.
    C’est pour cela que j’ai voulu que ces images banales, parfois oubliées, ne soit plus un balayage sur un écran mais qu’elles vous hantent  autant qu’elles m’ont enlevé le sommeil.

Bruno Pilia



 
Technique
Argentique couleur contrecollé sur aluminium
Texte
de Vierzon à Kaboul "Allez les vers"
dimensions hors-tout 130x130 cm

Mots-clé associés
couleur, argentique, baroque, dérision, guerre, mémoire, mise.en.scène, pamphlet, représentation, voyage






 

« Il n’est pas nécessaire que tu sortes de ta maison.
Reste à table et écoute.
N’écoute même pas, attends seulement. (…) sois seulement silencieux et seul.
Le monde viendra s’offrir à toi pour que tu le démasques,
il ne peut faire autrement, extasié, il se tordra devant toi ».
 Kafka
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Bruno Pilia connaît ses classiques et Kafka, c’est certain. En effet, seul dans son studio, il a su capter l’essentiel afin de nous livrer les scoops de ses errances immobiles. Grand voyageur virtuel – de Kaboul à Vierzon, c’est dire – Bruno Pilia construit ses pamphlets photographiques à partir des informations captées sur les ondes. Rien ne lui échappe. Tous les sujets humainement importants le conduisent, de façon satyrique, à « revisiter » ces lieux propulsés pour un temps sur le devant de la scène internationale. De l’Argentine à l’Algérie en passant par le Rwanda ou le Kosovo il traque les « vers », ces fossoyeurs naturels, avant qu’ils ne fassent disparaître toutes les traces de ces événements. Aujourd’hui les photographies de Bruno Pilia sont là, matérialisant ces errances et régénérant notre mémoire afin qu’elle ne soit pas, elle aussi, nettoyée à jamais…
R. Viallon



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